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Tribune libre - Audition
TRIBUNE LIBRE DE JÉRÔME GOUST PUBLIÉE LE 31 MARS 2014 DANS LE QUOTIDIEN DU MÉDECIN

Audition : des progrès merveilleux, mal utilisés

 

tribune libre de Jérôme GOUST publiée le 31 mars 2014 dans Le Quotidien du Médecin

 

 

Depuis 40 ans, les outils de compensation des malentendances ont fait des progrès prodigieux. Ma première prothèse en 1974 n’était guère qu’un (mauvais ?) baladeur... L’apparition des prothèses numériques nous a apporté un traitement du son personnalisé... et lorsque la malentendance est devenue trop forte, l’implant cochléaire m’a fait vivre une vraie re-naissance auditive !
Pourtant, nous connaissons tous des personnes qui s’enfoncent dans leur malentendance. Certains ne supportent pas les prothèses, beaucoup se replient sur eux-mêmes et abandonnent peu à peu les activités sociales et relationnelles. Certains se débattent au travail pour rester performants dans la communication. Nombre de personnes pagées finissent leur vie dans l’isolement auditif. Sans oublier ceux qui attendent des années et se décident trop tard.
A force de se polariser sur le seul progrès technique, sur les seules prothèses, on a oublié tout ce qui devrait l’accompagner pour que chacun en tire le meilleur profit et que ce progrès puisse être partagé par tous ceux qui en ont besoin.
L’audition n’est pas seulement affaire d’oreilles et de prothèses. Mal entendre, ce n’est pas avoir perdu des décibels, c’est d’abord avoir du mal à assurer les situations de communication de la vie quotidienne. Le problème n’est pas d’entendre avec l’oreille, mais de COMPRENDRE, ce qui est la prérogative du cerveau. Pour fournir à une personne malentendante les moyens de communiquer le mieux possible, il faut d’abord analyser SES situations de communications pour lui proposer LES stratégies de compensation et les informations qui permettront à son cerveau d’en tirer le meilleur profit.

Au travail, l’audition c’est capital

Dès les premiers signes de baisse d’audition, une menace s’étend sur la vie professionnelle. Ce n’est pas l’audiogramme qui doit indiquer le besoin de compensation, mais la gêne vécue quotidiennement : comprendre 10 mars au lieu de 6 mars, avoir du mal à comprendre au téléphone, à suivre une réunion. Le niveau de baisse auditive peut être faible mais ses conséquences lourdes pour le travail.
Les prothèses sont nécessaires mais la plupart du temps insuffisantes car elles traitent le son tel qu’il arrive à leur niveau : diminué par la distance, déformé par l’acoustique des lieux, brouillés par les bruits parasites. C’est pourquoi il faut penser à coordonner prothèses et aides techniques qui permettront d’aller chercher le son à la source pour téléphoner, participer aux dialogues en équipe, aux réunions, accueillir la clientèle... mais aussi dans la vie privée regarder télévision ou cinéma, écouter de la musique, etc.


Le repli sur soi de la vieillesse

75% des personnes de plus de 70 ans sont malentendantes. Si cette usure auditive est normale, le fatalisme et la résignation ne devraient plus l’accompagner. Cela aboutit au repli sur soi, à la perte des liens de communication, que la personne vive à domicile ou en EHPAD. Les familles sont désorientées, les professionnels démunis.
Cela fait souvent des années que cette descente au silence dure lorsque l’on pense à l’appareillage, qui se solde trop souvent par un échec. Parce qu’il intervient trop tard. Parce que le cerveau reçoit cela comme une agression, ne sachant utiliser ce nouvel univers sonore qu’on lui envoie, vécu comme une agression.
Il aurait fallu s’en préoccuper bien plus tôt. Il aurait fallu un accompagnement, en particulier orthophonique, pour les aider à garder la communication optimale. Il aurait fallu une information des proches et une formation des professionnels médicaux et sociaux de l’accompagnement des personnes âgées.

Etre compris

Entendre et comprendre, c’est ce qui nous permet de vivre ENSEMBLE. Tout ce qui précède concerne le récepteur malentendant. Pour que les outils de compensation (techniques, orthophoniques, psychologiques, sociaux) permettent de garder et de retrouver le plaisir d’être avec les autres, il suffirait de presque rien... juste que l’on fasse attention à l’autre, être intelligible au lieu trop souvent de se parler à soi-même... bref, que parler à l’autre soit lui faire don de notre parole !

Ce jour là, profitant des merveilleux outils de compensation, bien accompagnés dans la maîtrise de leur nouvelle audition, entourés de personnes attentionnées dans leurs paroles, nous pourrons tous communiquer en bonne entente.

Jérôme GOUST

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